lundi 3 décembre 2007

Permutations


Dans Le Bourgeois Gentilhomme de Molière, le Maître de Philosophie apprend à Monsieur Jourdain l’art des permutations à partir de la fameuse phrase : “Belle marquise vos beaux yeux me font mourir d’amour.”

Monsieur Jourdain
Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet, mais tournées à la mode, bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on peut les mettre.

Maître de Philosophie
On peut les mettre premièrement comme vous avez dit :
“Belle marquise vos beaux yeux me font mourir d’amour.”
Ou bien :
“D’amour mourir me font, belle marquise, vos beaux yeux.”
Ou bien :
“Vos beaux yeux d’amour me font, belle marquise, mourir.”
Ou bien :
“Mourir vos beaux yeux, belle marquise, d’amour me font.”
Ou bien :
“Me font vos beaux yeux mourir, belle marquise, d’amour.”


• M’inspirant de cette scène, j’ai choisi certaines citations de Nicolas Sarkozy, histoire de lui faire dire, grâce à la technique des permutations, ce qu’il n’a pas tout à fait dit…

“À l’immigration choisie, je préfère l’immigration subie.”

“Il faut tout faire pour que l’assistance rapporte davantage que le travail.”

“Les socialistes proposent de travailler plus. Mois je propose de gagner moins.”

“Ce n’est pas parce qu’on renonce qu’on ne dit pas tout.”

” Je veux proposer aux jeunes Français une petite ambition, parce que les grandes sont médiocres. “

” Pour retrouver les sentiers battus, il nous faudra essayer de sortir du chemin du succès (…) “.

“La raison d’être du pouvoir est de durer, pas d’agir.”

“Que ceux qui ne quittent pas la France, qu’ils l’aiment !”

“La solution au problème du travail, c’est le chômage.”

“Un peu de problème ne nuit pas à la solution de la méthode.”


• Quant à Ségolène Royale, voici quelques trahisons, selon la même méthode, de certains phrases qu’elle a prononcées :

“L’avenir des femmes passe par le développement des pays les plus pauvres.”

“Un adversaire politique n’est pas un partenaire ; c’est un ennemi du débat démocratique.”

“Je veux, moi, réformer la brutalité sans la France.”

“Le gouvernement n’a plus de boussolle : on expulse des parents scolarisés dont les enfants ne sont pas français.”

“Les garçons qui se font embêter à la piscine par les femmes enceintes ou les filles, ça mérite d’être regardé.”

“Ne comptez pas sur ce qui ne va pas pour parler de moi.”

“Vous poseriez cet homme, si j’étais une question ?”

“Si vous augmentez le chômage, comment allez-vous réduire la durée du travail ?”


À vous de rétablir la vérité !

vendredi 30 novembre 2007

L'humour de dieu(x)


Savez-vous comment s’est formée la voie lactée ? Lisez bien. Ça ne manque pas de sel. Junon, terriblement jalouse d’Hercule, fils adultère parmi d’autres de son époux Jupiter, fut amenée auprès de l’enfant par Minerve, laquelle l’apitoya et la persuada de lui donner le sein. Mais Hercule appuya avec une telle force sur sa poitrine que le lait qui en jaillit donna naissance à la voie lactée !
Le Tintoret immortalisa cette légende mythologique dans un tableau conservé à Londres à la National Gallery The Origin of the Milky Way. Cependant, dans ce tableau, Junon est assoupie et c’est Mercure qui approche Hercule du sein de Junon. Mais le résultat est le même.

samedi 24 novembre 2007

Le rire du tueur

Vu à la télé. Dans un reportage bouleversant et extrèmement choquant sur le massacre de Sebrenica au cours duquel furent tués à la chaîne par les Serbes, parfois après avoir été torturés, plusieurs milliers d’habitants de cette ville bosniaque, on peut voir l’un des tueurs et instigateurs présumés de cette tuerie caresser son chat avec douceur sur son balcon. Les charges contre cet homme, grâce aux témoignages, recoupements, images vidéo et dénonciations, sont accablantes. Cela ne l’empêche pas de vivre en toute impunité dix ans après le massacre entre sa femme et ses deux filles et par-dessus le marché sous les yeux des forces américaines. Quand le journaliste lui demande s’il a peur d’être arrêté, le tueur se met à rire comme si la question était saugrenue puisqu’il est innocent. Le rire n’en est pas moins gêné et même franchement jaune, le regard est fuyant. En voyant rire cet homme, je me suis dit que s’il n’avait vraiment rien à se reprocher, il n’aurait certainement pas ri. Car être accusé d’avoir participé à un massacre aussi cruel et de cet ampleur si l’on est innocent, ne peut que provoquer une réaction de protestation véhémente à la hauteur de la gravité de l’accusation et ne serait-ce que par respect pour les victimes innocentes, mais sûrement pas le rire. C’est pourquoi, en riant, cet homme paisible qui ne semble avoir peur de rien, notamment du Tribunal Pénal International de La Haye, a bel et bien, sans même s’en rendre compte, signé avec éclat son aveu. Maintenant, que cet homme tout comme ses supérieurs hiérarchiques Radovan Karadžić et Ratko Mladic qu’on pourrait arrêter du jour au lendemain car on sait où ils se trouvent, ne soient pas inquiétés par la justice internationale reste un mystère au point qu’on peut se demander à qui profitent leur liberté et leur silence, autrement dit leur crime. S’il n’était pas question de la mort atroce, préméditée et organisée de milliers d’innocents, ce mystère nous porterait presque à rire tant il est absurde et aberrant. Mais rassurons-nous : les tueurs en liberté, eux, n’en doutons pas, doivent se réveiller plusieurs fois par nuit pour en rire.

lundi 19 novembre 2007

Aphorismes

Les vedettes de télévision ne sont jamais que des images hertziennes ou numériques, rien de plus.

Le desespoir fait vivre

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Aphorismes personnels in Aphorismes de comptoir, Ed. de l'Adret, 1999

mardi 13 novembre 2007

L'humour d'Ovide


Dans les Remèdes à l’amour, Ovide (43 av. JC-17 ap. JC), après le fameux Art d’aimer, nous livre tout ses secrets et toutes ses ficelles, aussi étonnantes que drôles, pour réussir le difficile travail contraire de désamour.
Premier précepte : faire vite et ne pas attendre qu’une blessure guérissable ne se solde par une lourde peine. Puis il conseille de fuir l’oisiveté. “Vous recherchez pourquoi Égisthe accomplit l’adultère ?” écrit le poète latin. “La raison en est simple : il était désœuvré.” Il ne faut donc pas hésiter à se livrer à toutes sortes d’occupations : la guerre, les tâches campagnardes, la chasse et les voyages, tout est bon pour oublier l’amante que l’on ne veut plus aimer.
Foin des philtres et des sortilèges ! Le poète est formel : ce n’est pas par le traitement par les plantes ou le désenvoûtement qu’on arrivera à désaimer.
Mais là où Ovide commence à devenir franchement drôle, c’est quand il conseille de dénigrer l’être aimé en se remémorant “les actes de l’odieuse garce… et toutes les avanies subies de sa part”, rien de tel selon Ovide pour aigrir tous les sentiments; voir tous ses défauts même s’il ne faut pas hésiter à tromper son jugement “Appelle-la obèse si elle est bien remplie… à une fille gracile, on peut toujours reprocher la maigreur”. Pire encore, faire en sorte que la personne aimée exhibe ses déficiences : “Réclame qu’elle chante si la fille n’a pas de voix, fais-la danser si elle ne sait pas bouger la main… si ses dents sont mal plantées, fais-la rire avec des histoires”.
Pas mal non plus quand le poète recommande de rendre visite à l’improviste à sa maîtresse au petit matin pour la surprendre sans sa parure et pour contempler son visage “au moment où elle s’enduit la face de poisons juxtaposés.”
Mais le meilleur -et le non moins drôle- reste à venir quand Ovide nous explique comment se guérir de l’amour justement dans l’acte de Vénus. Tout d’abord, il conseille “pour éviter d’être pris au piège des joies que dispense la maîtresse” de trouver avant “une quelconque autre femme… avec laquelle épuiser (sa) première volupté : du coup la suivante sera sans enthousiasme.” Puis il suggère, pour l’union de Vénus, de choisir “la posture la moins flatteuse pour elle” non sans prendre le soin d’ouvrir toutes les fenêtres pour mieux contempler tous ses défauts physiques et graver dans son esprit à jamais ses imperfections.
Ovide ensuite “recommande aussi d’avoir deux maîtresses à la fois” et même davantage au nom du fait que “chaque amour sape l’influence de l’autre”. Le frère d’Amphiloque ne délaissa-t-il pas la fille de Phégée parce qu’il offrit à Callirrhoé le refuge de son lit ? écrit-il pour conforter son précepte.
Le poète conseille ensuite en vrac à l’amant de fuir la solitude et de chercher la compagnie des autres et leurs conversations, de jeter au feu sans pitié les lettres d’amour de sa maîtresse et ses portraits, de fuir les endroits trop riches en souvenirs, de refuser les spectacles lyriques propres à alanguir le cœur et ne pas toucher aux poètes érotiques. Enfin Ovide termine pas des conseils de bonne fâme sur l’alimentation : pas d’oignon, pas de salade de roquette, beaucoup trop aphrodisiaque, et, pour finir, éviter le vin sauf en excès afin de connaître l’ivresse car, pris en petite quantité, “les vins dans notre âme ouvrent la voie à Vénus, à condition qu’on en prenne peu et que notre cœur ne soit pas engourdi dans trop de libations.”.
Dans les “Remèdes à l’amour”, Ovide prend un ton léger et badin pour traiter d’un sujet profond et douloureux, il se veut désinvolte en se promenant avec détachement et humour sur les terres brûlantes du tragique amoureux tout en maniant la métaphore et la caricature mais finalement il réussit, sans que nous nous en rendions compte, à nous faire sourire pour mieux nous émouvoir. Avec lui on a la certitude que, quand tout est catastrophique, rien n’est désespéré !

vendredi 9 novembre 2007

Strophe oulipienne

Reconnaissez-vous cette strophe codée qui termine un poème célèbre ? Je vous mets sur la voie : le poète lyrique qui en est l'auteur est né à Macon en 1790.

Chauve-souris où du fragon étouffait la flasque,
Tôlier que le pélobate alanguissait à voltiger galber,
Observateurs inapprivoisables bâchez-vous donc une amentifère
Qui s'atteste à notre amentifère et la forêt d'alanguir ?


Vous l'avez tous reconnu, il s'agit de Milly ou La terre natale d'Alphonse de Lamartine, revu et corrigé par la méthode S + 7 créée par l'Oulipo et dont Jean Lescure est l'inventeur. En voici la version originale :

Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?


La méthode S + 7 consiste tout simplement à transformer un texte en substituant à chacun de ses substantifs le 7ème qui suit dans un dictionnaire donné. Mais il y a des variantes comme, par exemple, dans le cas qui nous intéresse quand la formule est en fait Sm +7, Sf + 7, A + 7, V + 7 où "chaque substantif masculin, chaque substantif féminin, chaque adjectif et chaque verbe est remplacé par le septième de son espèce dans le dictionnaire choisi." ("Variations sur S + 7" dans l'Oulipo, la littérature potentielle, Ed. Gallimard 1973.)

Ainsi Raymond Queneau a-t-il appliqué cette variante à la fable de La Fontaine La cigale et la fourmi devenue soudain La cimaise et la fraction :

La cimaise ayant chaponné tout l'éternueur
Se tuba fort dépurative
Quand la bixacée fut verdie :
Pas un seul pétrographique morio de mouffette ou de verrat.
Elle alla crocher frange
Chez la fraction sa volcanique…


Rien ne vous empêche de continuer…

dimanche 4 novembre 2007

Le Cabinet insolite du docteur Éric Bouhier


Éric Bouhier est sans aucun doute un personnage hors du commun. Médecin, notamment à Médecin sans frontière et au SAMU social, publicitaire, scénariste, nouvelliste et même acteur de cinéma à ses heures perdues (Une Vieille Maîtresse de Catherine Breillat), cet écrivain passionné et curieux de tout a dressé un inventaire impressionnant et plein d’humour de tout ce qui se rapporte à la médecine dans un petit bijou littéraire Le Cabinet des curiosités médicales (Éditions Le Passage).
Dans ce cabinet fourre-tout particulièrement original - l’auteur en profite dès le début de l’ouvrage pour donner toutes les applications dans la langue française du mot cabinet- on y apprend des tas de choses souvent drôles et aussi surprenantes les unes que les autres, depuis, par exemple, la technique médicale de l’eunuchisme (dans un bain par écrasement entre les doigts !) jusqu’à la maladie du premier homme de Cro-Magnon, l’histiocytose X ou granulome à éosinophile, diagnostiquée après analyse des os de son front, en passant par un extrait de la pièce de Jules Romains le Docteur Knock ou Le Triomphe de la médecine, la liste des personnages, médecins et non médecins, représentés sur le fameux tableau d’André Brouillet Une leçon de Charcot à la Salpétrière Hospice de la Vieillesse-Femme ou encore l’énumération de certains instruments de l’histoire de la médecine dont le marteau à percussion centrale automatique du docteur Maurice Dupont !
On y apprend aussi que le premier papyrus médical (dit papyrus de Berlin) fut rédigé sous Ramsès II (1200 ans av. JC), le plus connu étant celui d’Ebers (du nom de l’égyptologue qui l’acheta et le traduisit) rédigé entre 1500 et 1600 ans avant notre ère et que l’un des pionniers de la chirurgie de l’appendice, le docteur James Bells, mourut en 1911 à 59 ans d’appendicite !
On y trouve aussi bien la généalogie de la famille Curie que les mensurations du pénis sous toutes ses coutures ou des citations de Pierre Dac ou de Frédéric Dard, lequel justement à propos du membre viril écrivit : “Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève.”
Eric Bouhier, que j’ai eu le privilège de rencontrer récemment, m’a avoué en soupirant que ce livre lui avait demandé un énorme travail, ce qui n’est pas peu dire quand on voit la somme d’anecdotes et de connaissances qui se bouculent dans un peu plus des 200 pages d’un livre par ailleurs particulièrement beau et agréable à lire.
C’est bien simple, ce cabinet est tellement incroyable et si insolite que la question qui m’est venue tout de suite à l’esprit en le refermant (provisoirement car je n’arrête pas d’y retourner) fut : ” Mais où donc Éric Bouhier, pour notre plus grand bonheur, est-il allé chercher tout cela ?”.

jeudi 1 novembre 2007

Le temps de Max Planck

Science et Vie, dans le numéro de ce mois, répond à la question pertinente d’un de ses lecteur varois, Monsieur Fernand Morel, : “Quelle est la durée du temps présent ?”.
Nous apprenons ainsi que, selon les théories actuelles, le plus court intervalle temporel concevable est le “temps de Planck” ou tplanck qui dure, tenez-vous bien, 5,4 x 10-44 secondes ! Ainsi en dessous de cet atome théorique de temps, il est impossible de concevoir une expérience ou un événement quel qu’il soit ou, si l’on préfère, en dessous de cet intervalle, tu meurs !
Dans ces conditions, je me demande s’il est encore possible de profiter du temps présent. Car le seul fait d’émettre le plus rapidement possible l’idée de penser au présent doit bien laisser filer une quantité non négligeable de « temps de Planck » séparant l’idée de la pensée puis la pensée de l’instant où l’on espère jouir de ce précieux et ô combien éphémère temps présent. Pour le dire autrement, il est toujours trop tard à l’arrivée si bien qu’on est sûr de se retrouver dans le passé car le présent vous a claqué entre les doigts, au moment où vous vouliez en profiter, à la vitesse de l’éclair.
Pour goûter le temps présent, il ne reste qu’une solution : penser au futur immédiat avec plusieurs « temps de Planck » d’avance. Comme ça, le temps que notre pensée aboutisse, nous avons quelques chances d’arriver à l’heure du temps présent mais seulement, cela va de soi, pour un temps (de Planck) infiniment limité et par conséquent en quantité d’autant plus négligeable.
Toute cette argumentation pour dire que, si jouir du temps présent est une utopie, la triste réalité de Max Planck, en revanche, devrait nous convaincre avec éclat que l’avenir est vraiment derrière nous !

lundi 29 octobre 2007

Aphorismes

Quand j’entends le mot culture, je sors mon pistolet à eau.



Aimer son prochain ? D’accord. Eh bien commençons par vous Mesdames !

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Aphorismes personnels in Aphorismes de Comptoir, Ed. de l’Adret 1999.

lundi 22 octobre 2007

Le dessin de Piem…


…dont j'ai parlé dans la note précédente.

Dessin extrait du livre de P. Queneau, G. Ostermann et P. Grandmottet, illustré par Piem, La douleur à bras-le-corps (Éditions Médicis)

(Avec l’autorisation de Patrice Queneau)

dimanche 21 octobre 2007

L'humour de Queneau et de Piem



Connaissez-vous ce livre de Queneau, La douleur à bras-le-corps (Éditions Médicis) ? Non pas Raymond mais Patrice qui, en ce qui concerne la fantaisie et l’originalité, n’a rien à envier à l’auteur de Zazie dans le métro et au fondateur de l’Oulipo (je connais personnellement cet homme hors du commun). Sur le fond, c’est un livre révolutionnaire tant il remet en cause un certain pouvoir médical imbu de sa science. Il nous rappelle avec humour et détermination (parfois au prix de répétitions qui ne sont d’ailleurs pas inutiles) que les médecins sont au service du patient et non l’inverse. C’est un plaidoyer de bon sens à la fois sérieux et plein d’humour contre la douleur et pour placer au dessus de tout le souci de soulager la souffrance des malades en commençant par les écouter et sans faire une confiance aveugle dans la technique ou dans les examens qui, comme le disait un grand patron de médecine, sont (parfois) faits pour tromper le médecin. Dans ce livre pourtant écrit par des médecins éminents (Patrice Queneau, est membre de l’Académie nationale de médecine et, tout comme Pierre Grandmottet et Gérard Ostermann, professeur de thérapeutique), les médecins en prennent pour leur grade (quel grand art dans l’autodérision !) et les dessins de Piem, irrésistibles et tellement drôles et vrais, enfoncent le clou avec délicatesse pour le grand plaisir du lecteur. Chacun d’eux est un vrai bijou, un véritable chef d’œuvre où chaque détail compte : je pense par exemple au dessin représentant un malade tout nu et tout petit devant plusieurs médecins siègeant comme des juges dans un tribunal et au visage de chaque médecin exprimant chacun de manière différente le peu de cas qu’ils font de ce pauvre patient humilié qui doit par-dessus le marché prouver qu’il est malade.
Un livre à recommander aux médecins comme aux non médecins et qui peut faire avancer à grands pas, justement grâce à son humour, le schmilblic de la lutte contre la douleur et pour plus d’humanité dans notre monde et plus particulièrement dans la médecine où les brutes, semble-t-il, ne manquent pas.

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•En haut à droite : dessin exécuté cette après-midi par Piem pour votre serviteur lors de la Fête du livre de Saint-Etienne.

•Blog du Professeur Patrice Queneau : http://www.santereflexion.canalblog.com/

mercredi 17 octobre 2007

L'humour de Galabru


Imaginez que vous êtes en train de parcourir Pariscope un peu au hasard à la recherche, pour la soirée qui s’annonce, d’un spectacle sympa à ne pas se prendre la tête quand il est 20 heures et que vous tombiez toujours par hasard sur une pièce dont le titre est “Les Chaussettes” opus 124 avec Michel Galabru (vous ne faites même pas attention au reste de la distribution). Comme vous vous attendez, d’après le titre de la pièce, à une comédie de boulevard très drôle et que vous vous ne lassez pas de cet acteur de théâtre (La femme du Boulanger) et de cinéma (Le Viager, et bien sûr l’adjudant Gerber de la gendarmerie de Saint-Tropez), peut-être faites-vous comme moi, la semaine dernière : vous foncez, tête baissée, ligne 4 direction Porte de Clignancourt-changement Strasbourg-Saint-Denis-direction Havre-Caumartin, espérant grâce un désistement de dernière minute obtenir à 20 h 57 une modeste place, même sur un strapontin branlant. Arrivé à bout de souffle au théâtre des Mathurins, trois surprises de taille vous attendent alors :
Primo, on vous donne une place sans difficulté et, par-dessus le marché, on vous fait même choisir votre fauteuil et le prix, comme si vous réserviez trois mois à l’avance.
Deuzio, la salle est à moitié vide (et non à moitié pleine), encore des fauteuils libres au parterre, à peine un rang et demi à moitié pleins cette fois au premier balcon et ne parlons pas du deuxième qui est désert ou presque. Il est vrai que c’est le soir de la coupe du monde de rugby. Mais pour Michel Galabru, quand même !
Tertio, surtout, le Galabru qui joue ce soir n’est pas tout à fait celui que vous attendiez. Ni la pièce. Ni la distribution qui se limite à un duo, l’autre comédien étant une figure emblèmatique du théâtre dit sérieux, Gérard Desarthe. L’argument : deux acteurs complètement différents, une grande vedette populaire et un intello introverti, répètent un numéro de clowns. Les chaussettes trouées de l’intello mettront le feu aux poudres et la répétition va rapidement tourner aux hostilités ouvertes. La truculence et la simplicité toute bonhomme de Galabru s’oppose délicieusement au sérieux et à la cérébralité de son partenaire qui, tout grand esprit qu’il soit, n’en est pas moins désespéré par sa calvitie. C’est surtout l’histoire de deux désespérances et d’une amitié qui finalement se noue dans la rudesse entre deux hommes terriblement seuls que tout sépare. Chaque acte est ponctué de duos de violon et violoncelle interprétés par les personnages et qui sont loin d’apporter une once de gaieté, à moins qu’elle ne soit acerbe, au spectacle.
Galabru est drôle, certes, mais pas vraiment où on l’attendait. C’est que sa faconde, ses coups de gueule et ses mimiques sont, dans cette pièce, autant de paravents pour cacher le désespoir et l’amertume d’un homme en fin de carrière rongé par la solitude et dont la seule compagnie se résume à un chat qu’il est prêt à manger pour survivre.
Alors si vous allez voir Michel Galabru dans cette pièce de Daniel Colas dans l’espoir de vous éclater et de vous régaler d’une comédie légère pleine de rebondissements et de quiproquos, autant vous le dire tout de suite : c’est raté !

mercredi 10 octobre 2007

L'humour de Cyrano


Deux scènes irrésistibles, parmi bien d’autres, dans le chef d’œuvre d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac :

• la première se situe au premier acte juste après la fameuse tirade des nez dans laquelle Cyrano tourne en ridicule le Vicomte, lequel n’a rien trouvé de plus original, pour railler son appendice nasal, que de lui lancer bien banalement :

« Vous…vous avez un nez…heu…un nez…très grand. »


Humilié et ridiculisé par la tirade et par les quelques phrases ironiques de Cyrano qui s’en suivent, le Vicomte réagit par l'insulte :

LE VICOMTE

« Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule ! »

CYRANO (en ôtant son chapeau et saluant comme si le Vicomte venait de se présenter) :

« Ah ?…Et moi, Cyrano Savinien Hercule
De Bergerac. »


• la deuxième scène se situe peu avant la fin du deuxième acte : Cyrano, génial mélange d’Alceste et de Don Quichotte, qui vient de subir les railleries de Christian sur son nez s’apprête à lui régler son compte mais ce dernier se présente comme l’homme dont Roxane est amoureuse et que Cyrano, lui-même amoureux de Roxane et homme au grand cœur, a promis à celle-ci de protéger. Cyrano se montre alors brusquement gentil et fraternel avec son rival qui subitement se confond de respect et d’admiration pour le Gascon.

CYRANO (revenant sur les railleries de Christian)

Mais tous ces nez que vous m’avez…


CHRISTIAN

Je les retire !

Naturellement l’humour de ces deux réparties ne saute pas forcément aux yeux, lues comme ça sur le papier ou sur un écran d’ordinateur, mais je peux vous garantir qu’elles sont irrésistibles sur scène, dans le contexte de la pièce, par leur effet de surprise. La preuve, c’est qu’elles m’ont fait rire, moi qui suis très mauvais public pour le comique et à qui il en faut beaucoup pour le faire rire.

Ouvrons une parenthèse : (pour revenir à la tirade des nez, j’ai trouvé la dernière interprétation en date de Michel Vuillermoz dans la mise en scène de Denis Poladylès très gasconne mais peut-être un peu trop rapide alors que celle de Gérard Depardieu, plus lente, m’a semblé un tantinet monocorde et bien peu truculente (pour un Gascon digne de ce nom !), la première interprétation étant à mes yeux infiniment supérieure à la première. Mais c’est un avis très personnel que je ne partage pas moins. Les débats sont ouverts.) La parenthèse est à présent fermée.

samedi 6 octobre 2007

L'humour d'Alain


Dans le texte XIX des Propos sur le bonheur, L’art de bâiller, Emile Chartier, alias Alain, compare le bâillement au rire et aux sanglots. Selon lui le bâillement est “une revanche de la vie et comme une reprise de santé. Il est contagieux et se communique par l’abandon du sérieux et comme une emphatique déclaration d’insouciance…C’est comme un signal de rompre les rangs.”. Le rire et les sanglots aussi, assure le philosophe, tout en les considèrant comme “des solutions du même genre, mais plus retenues, plus contrariées ; il s’y montre une lutte entre deux pensées, dont l’une enchaîne et l’autre délivre. Au lieu que, par le bâillement, toutes les pensées sont mises en fuite, liantes et délivrantes.”.

Je comprends mieux, maintenant, pourquoi certains spectacles d’humour sont si irrésistibles qu’ils déclenchent immanquablement chez les spectateurs des bâillements collectifs à gorge déployée et à s’en décrocher la mâchoire. Je comprends moins, en revanche, pourquoi la lecture des Propos sur le bonheur m’a fait tant bâiller car, du texte I au texte XCIII, je n’ai pas décelé, malgré ma bonne volonté et plusieurs relectures, une once d’humour même au énième degré dans les sages propos d’Émile Chartier.

dimanche 30 septembre 2007

Le rire des Cyniques


Ironie en paroles et en actes, provocations en tous genres, mépris des conventions sociales, transgression des principes et des idées reçues, culte des paradoxes, de la surenchère et du scandale, le rire agressif des philosophes cyniques, tente, sous couvert d’amoralisme, de ramener l’homme vers des valeurs authentiques et se donne par là-même un but moral. Voilà ce qu’écrit Vladimir Jankélévitch à leur propos : “Le cynisme est souvent un moralisme déçu et une extrême ironie… Le cynisme n’est autre chose qu’une ironie frénétique et qui s’amuse à choquer les philistins pour le plaisir… Le cynique joue le tout pour le tout : défiant morale et logique, il revendique hautement cela même qu’on lui reproche”
Exemple : Diogène de Sinope dit le Cynique (vers 410-vers 323 avant JC), l’homme dont la légende prétend qu’il vivait dans un tonneau, qui n’hésitait pas à se livrer à l’onanisme ou à faire ses besoins en public et qui, invité dans une maison luxueusement meublée, crache sur le visage de son hôte, après que celui-ci lui a demandé de ne pas cracher par terre, en lui criant que c’était le seul endroit sale qu’il eût trouvé et où il pût le faire.
Autre exemple (non présocratique) : Gainsbarre -je n’ai pas écrit Gainsbourg- qui, à côté de Diogène, passerait presque pour un enfant de chœur.
Mais sur le fond : Diogène-Gainsbarre, même combat !

lundi 24 septembre 2007

Aphorismes

Soldats de tous les pays, faites la sieste, pas la guerre, et si possible tous en même temps, bande de feignasses !



Le Diable et Dieu coexistent en nous et s’y livrent un combat sans merci dont nous n’avons aucune chance de sortir vivants.

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Aphorismes personnels in Aphorismes de comptoir, Ed. de l’Adret-1999.

mercredi 19 septembre 2007

Destin

Quand j’observe les gens dans la rue, je ne peux m’empêcher d’imaginer, s’ils sont jeunes, le visage qu’ils auront quand il seront devenus des personnes âgées et inversement, s’ils sont vieux, comment ils étaient quand ils avaient quarante ou cinquante ans de moins. J’ai même parfois poussé le vice jusqu’à les imaginer sur leur lit de mort en vieillards cacochymes ou dans leur berceau quand ils étaient nourrissons. À cet égard, il y a pas mal de personnes dont j’ai pensé en voyant leur visage qu’ils avaient dû faire de bien vilains bébés !

Hier j’ai croisé dans la rue une jeune fille souriante aux joues roses d’une vingtaine d’années, dynamique et volontaire, mais à peine a-t-elle échappé à mon regard que je l’ai imaginée à soixante-dix ans, comme si j’y étais, en veuve brisée devant le cercueil de son (futur) époux le jour de ses obsèques. Et pour tout dire, j’ai failli rebrousser chemin pour retrouver cette jeune fille afin de lui présenter par anticipation mes condoléances.

vendredi 14 septembre 2007

Un égale trois


J’ai eu à deux reprises le privilège de rencontrer Jacques Martin. La première fois, c’était à Pékin en été 1979 où il se trouvait que je résidasse par hasard dans le même hôtel que lui. Un homme très abordable, très gentil, plein de vie. Je me revois comme si c’était hier, dans les rues de Pékin, en train de lui présenter une de ses consœurs, la comédienne britannique Carol Drinkwater, dans ses petits souliers, avec laquelle je voyageais et qui n’était pas encore très connue dans son pays. La deuxième fois, cela se passa quelques années plus tard dans les coulisses de l’opéra de Lyon (mais là, je l’avais bien cherché !) où j’avais assisté dans les cintres à l’une des représentations de la Belle Hélène. Mes meilleurs souvenirs de cet humoriste hors pair à l’imagination débordante et aux multiples talents : son émission décapante avec Jean Yanne Deux égale trois. Mais par la suite je ne manquais pour rien au monde le Petit Rapporteur.

samedi 8 septembre 2007

Politique-fiction



Voici en exclusivité Nicolas Sarkozy quand il aura atteint, si Dieu lui prête vie, le grand âge ou peut-être le temps des désillusions…

mercredi 5 septembre 2007

Aphorismes

Le ridicule ne tue pas, c’est pourquoi les hommes, de plus en plus, portent des revolvers.

*

Pour observer le monde en miniature, il suffit d’assister à une assemblée de copropriétaires.

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Aphorismes personnels in Aphorimes de comptoir. Ed l'Adret 1999.