jeudi 6 mars 2008
dimanche 2 mars 2008
L'humour d'Asimov

Connaissez-vous Isaac Asimov (1920-1992), écrivain américain d'origine russe considéré comme l'un des plus grands écrivains de science-fiction, célèbre pour le cycle de Fondation, une œuvre qui se déroule au 13ème millénaire retraçant la destruction et la renaissance d'un empire galactique grâce à la psychohistoire, une science imaginaire fondée sur les probabilités pour prévoir l'avenir ?
J'ai découvert cet écrivain à travers deux nouvelles Mortelle est la nuit et Chante-cloche, elles-mêmes extraites du recueil Histoires Mystérieuses (Asimov's Mysteries). Ce ne sont pas des nouvelles humoristiques mais des intrigues policières en bonne et due forme mais qui ont la particularité de se passer dans un futur plus ou moins lointain où le fait d'être basé dix ans sur Mercure, la Lune ou Cérès est aussi banal pour un Terrien que d'habiter Londres ou New York pour un Français d'aujourd'hui. Et pourtant en les lisant, on ne peut pas ne pas sentir tout le détachement et l'humour de l'auteur qui a l'air de se promener avec nonchalance dans un monde futuriste où le jet non gravité permettant de traverser les océans en vingt minutes côtoie la psychosonde, descendante directe de la machine à détecter les mensonges, le transféreur de masse ou le gicleur neuronique, et où le célébre extraterrologiste ou grand spécialiste des planètes lointaines, le Dr. Urth, dont on penserait qu'il est prêt à partir à l'autre bout du monde en astronef dans l'exercice de son métier, ne se déplace obstinément qu'à pied ! Et puis cette chante-cloche, "sorte de "pierre ponce durcie par un phénomène de pression et recelant des alvéoles vides où de petits grains de roche crépitent librement", est comme une tache anachronique, poétique et cocasse dans ce monde cybernétique et froid où les personnages, cependant, demeurent profondément humains.
L'ante-scriptum qu'a écrit Asimov après la parution de chaque nouvelle ne manque pas de sel aussi, en particulier quand il s'obstine avec sa nouvelle Mortelle est la nuit, écrite en 1956, alors que les astronomes n'avaient pas encore découvert que Mercure ne présentait pas toujours la même face au Soleil et qu'elle décrivait une rotation, ce qui enlevait le sens à l'intrigue."Que voulez-vous que je fasse, écrit-il, sinon déplorer que les astronomes ne commencent pas par se mettre d'accord avec eux-mêmes ? Et je me refuse catégoriquement à modifier cette histoire pour satisfaire leurs caprices !"
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mercredi 27 février 2008
Mots croisés (4)

Voici une nouvelle grille de mots croisés de mon invention que je soumets à votre sagacité.
Conformément à la tradition, solutions dans une prochaine note…
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vendredi 22 février 2008
Page blanche
André Gide écrit dans son Journal que, lorsque l'inspiration lui fait défaut, il prend plus ou moins au hasard un livre de sa bibliothèque et l'ouvre ensuite également au hasard. "Ce hasard me ferait croire au diable ou à la providence, précise-t-il, car je tombe à pic, presque à coup sûr, sur la page, sur la phrase, ou les mots, dont j'ai précisément besoin pour rebondir."
Quant à Paul Valéry, il note dans ses Cahiers : "Devant trop souvent écrire des choses dont je n'ai nullement envie et l'esprit inerte devant elles, je m'avise de me donner les lettres initiales des phrases successives à faire - comme pour un acrostiche…" Et il ajoute : "Et cela ferait scandale si je le disais."
De là à jouer aux dés pour trouver la première phrase de son roman à coucher sur la page blanche… Imaginons, par exemple, un écrivain fébrile éprouvant le vertige de cette fameuse page blanche. Désespéré, il jette une paire de dés huit fois de suite avec comme résultat : 9, 2, 2, 4, 6, 2, 5 et à nouveau 5. À partir de ces chiffres, il compose une phrase dont les mots comportent respectivement autant de lettres que le nombre de points successivement obtenus par la chance. Et cela donne par exemple: "Longtemps, je me suis couché de bonne heure.", une phrase plutôt banale qui pourrait bien commencer n'importe quel roman à commencer par l'œuvre en sept tomes de Marcel Proust À la recherche du temps perdu. Et pourquoi Albert Camus n'aurait-il pas, de la même manière, joué aux dés les premiers mots de L'Étranger en obtenant 10, 5, 3, et 5, ce qui aurait donné la phrase "Aujourd'hui, maman est morte." ? Ce serait trop drôle si mes suppositions correspondaient à la réalité tant comporte un bon fond de vérité cette citation attribuée à Louis Pasteur : "Le hasard ne profite qu'aux esprits préparés."
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samedi 16 février 2008
L'humour de Moravia

“Je pouvais maintenant la voir grimper la pente du coteau, vers l’aire sur laquelle surgissaient les masses arrondies des meules. Elle s’agrippait aux buissons, penchée en avant, glissant et trébuchant, et dans son visage tendu et avide, aux yeux dilatés, dans les gestes de son corps, je reconnus de nouveau sa ressemblance avec une chèvre qui grimpe pour brouter.”
L’homme qui s’exprime ainsi est Silvio, le narrateur de “L’amour conjugal” d’Alberto Moravia et la chèvre qui broute n’est autre que sa femme Léda pour laquelle il n’a de cesse de proclamer son amour tout le long du livre ! Déjà, dans les premières pages et dès les premiers jours de leur mariage, à croire que l’amour de Silvio pour Léda est loin d’être aveugle, celui-ci remarque sur le visage de sa bien-aimée, non sans se sentir floué, “une large grimace muette qui paraissait exprimer la peur, de l’angoisse, de la répugnance… Cette grimace faisait, pour ainsi dire, ressortir violemment l’irrégularité naturelle des traits et donnait à sa physionomie l’aspect repoussant d’un masque grotesque dans lequel, par une bouffonnerie particulière, incongrue autant que pénible, les traits auraient été exagérés jusqu’à la caricature… “.
Mais Silvio aime Léda plus que tout, enfin un peu moins que son chef d’œuvre littéraire qu’il décide d’écrire en refusant de remplir son devoir conjugal pour mieux s’y consacrer. Mais ce que Silvio ne sait pas encore en voyant cette chèvre qui monte en broutant entre les buissons, c’est que sa femme qu’il aime tant va rejoindre le vieux barbier de son mari au physique quelconque, Antonio, qui a fini par devenir son amant.
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dimanche 10 février 2008
Quiproquo
Un client se trouvant au guichet d’une banque dit, le regard pointé en direction de la jeune (et belle) guichetière et tout en faisant des clins d’œil, des phrases du genre : “Oh, mais c’est que t’es la plus belle, ma puce” ou “Promis. Je vais t’en faire, des mimis, ma princesse !”.
La jeune femme, incrédule et surprise, mi-choquée, mi-flattée, relève la tête en direction du client puis finalement pouffe de rire avec sympathie. Il faut préciser que le client, c’était moi, et que tout en regardant machinalement la jolie préposée de la banque, je m’adressais, en réalité, à ma fille de cinq ans, cachée derrière le guichet et trop petite pour être visible de mon interlocutrice bancaire.
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mardi 5 février 2008
Homophonie Sarkozique

Des textes homophones sont des textes dont les mots et le sens sont différents mais dont la prononciation est exactement la même.
Exemple ces vers homophones de Charles Cros :
Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses,
Où, dure, Ève d’efforts sa langue irrite (erreur !)
Ou du rêve des forts alanguis rit (terreur !)
Danse, aime, bleu laquais, ris d’oser des mots roses.
(”À un page de la reine Isabeau” dans le Coffret de Santal)
Autre exemple de mon cru (qui ne vaut que ce qu’il vaut) tout particulièrement d’actualité :
Carla Bruni est la première dame en France
Car, là, brunie, elle âpre, mit hier, dame !, en France
Un blanc seing quand son coeur déferle à Nicolas,
Humble en cinq ans son coeur de faire la nique, oh là !
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dimanche 27 janvier 2008
Fatrasie
Non ce n’est pas une île lointaine d’Océanie peuplée de gens bizarres et pourtant c’est bien de bizarreries qu’il s’agit. D’ailleurs, s’il fallait la situer géographiquement ce serait plutôt à Arras qu’il faudrait penser. Imaginez un poème, plus exactement un onzain assez particulier n’ayant ni queue ni tête traduisant une pensée incohérente dans un langage qui ne l’est pas moins, avec parfois un contenu caché satirique et pamphlétaire, vous obtenez par exemple :
Je vis toute la mer
S’assembler sur terre
Pour faire un tournoi
Et des pois à piler
Sur un chat montés
Firent notre roi.
La-dessus vint je ne sais quoi
Qui prit Calais et Saint-Omer
Et les mit à la broche,
Les faisant reculer
Sur le mont Saint-Éloi.
Et ainsi de suite. Non ce n’est pas de l’écriture automatique ni de la pataphysique, encore moins de l’Oulipo. Enfin un peu de l’Oulipo tout de même, mais de l’Oulipo par anticipation selon les règles de ce dernier puisque cet extrait est d’un certain poète médiéval, Philippe de Beaumanoir (1250-1296), qui excella dans ce que l’on appelle la fatrasie, genre littéraire complexe donnant dans le non-sens à tout va à travers une expérimentation du langage digne d’André Breton.
Mais au fait, pourquoi Arras ? Tout simplement parce qu’une école arrageoise s’illustra dans cette fantaisie littéraire comme en témoigne un recueil d’auteur inconnu, Les Fatrasies d’Arras, conservé à la bibliothèque de l’Arsenal.
27 janvier 2008 Publié Non classé | Lien permanent | Pas de commentaire » |
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jeudi 24 janvier 2008
L'humour de Dario Josa
Le blog du dessinateur Dario Josa Illustrator (ou à raison) vaut absolument le détour. Ses dessins d’actualité, et ses caricatures, qui valent largement ceux publiés dans Le Monde de Plantu, Pessin ou Pancho, sont impayables et se passent de commentaires. C’est pourquoi je m’abstiendrai d’en faire et vous invite à les déguster dare-dare. Vous ne ne serez pas déçus. Sans doute aurez-vous comme moi un seul regret quand même, que Dario Josa n’en publie pas plus souvent parce que des dessins comme ça, avec un tel talent, on en redemande à la pelle.
http://dario.blog.lemonde.fr
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dimanche 20 janvier 2008
Aphorismes
La satisfaction de faire rire un triste sire n’est rien à côté du bonheur de faire pleurer un imbécile heureux.
Les purs esprits n’ont pas d’hormones.
_________________________
Aphorismes personnels in Aphorismes de comptoir, Editions L’Adret-1999
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mardi 15 janvier 2008
Sophisme
Le slogan de mai 68 Il est interdit d’interdire ne manque pas de sel. Car, si on le prend au mot, c’est déjà une interdiction et il signifie donc qu’interdire n’est pas interdit puisque précisément c’est interdit d’interdire ce qui revient à dire : Il est interdit d’interdire d’interdire puisqu’il est interdit d’interdire. Et ainsi de suite, avec le même raisonnement Il est interdit d’interdire d’interdire puis Il est interdit d’interdire d’interdire d’interdire puis Il est interdit d’interdire d’interdire d’interdire d’interdire etc. Peut-être aurait-il fallu dire : Il n’est pas autorisé d’interdire si on veut bien admettre que ce qui n’est pas autorisé est interdit alors que tant de choses non autorisées ne sont pas interdites puisqu’on les tolère. À moins que la meilleure solution n’eût été tout bêtement de supprimer le mot interdire du dictionnaire… Mais là, j’en suis interdit.
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jeudi 10 janvier 2008
Conseil de lecture (aux cabinets ?)

Lire ou ne pas lire aux cabinets, telle est la question métaphysique soulevée par Henry Miller (1891-1980) dans un petit opuscule de 60 pages publié en 2007 aux éditions Allia, lequel correspond lui-même au treizième chapitre (Reading in the Toilet) d’un livre que l’écrivain américain publia en 1952 aux États-Unis et qui fut traduit cinq ans plus tard en France, The books of my life. L’argument fondamental de ce chapitre est que, si les gens lisent des revues, des romans, des journaux, des bandes dessinées ou tout ce qui leur passe par la tête la plupart du temps sans discernement, lorsqu’ils sont assis sur le trône, c’est parce qu’ils ont peur de se trouver face à eux-mêmes c’est-à-dire en face d’un vide qui leur est insupportable, et pour fuir aussi bien le désœuvrement que les questions essentielles, préférant se perdre à faire plusieurs choses à la fois comme ils le font en permanence dans le reste de leur vie. Selon l’auteur, “Le fait que vous lisiez tel genre de littérature aux cabinets et tel autre ailleurs devrait être lourd de sens pour le psychiatre. Le fait même que vous ne lisiez pas aux cabinets devrait être lourd de sens pour lui.” Et il ajoute plus loin : “On estime que ce que chacun fait aux cabinets ne regarde que lui. Il n’en est rien. Cela concerne l’univers tout entier.”. Ce manque de philosophie et de sagesse si répandu qui pousse à lire quand on vidange ses intestins et que condamne avec humour et pertinence l’auteur du Tropique du cancer, est bien mis à mal quand il nous explique tous les stratagèmes qu’un mari peut utiliser pour déloger son épouse qui s’éternise aux toilettes à cause de la lecture ou comment la dissuader de recommencer en mettant bien en évidence au water-closet un exemplaire de la Catherine de Médicis de Balzac, dont l’époux aura pris soin de souligner un extrait particulièrement ennuyeux. Lire aux cabinets, en revanche ne l’est pas du tout, il se lit d’un trait et on a l’impression d’entendre la voix d’Henry Milller nous prenant à partie avec bonhomie dans un monologue vif, délicieux, parfois même délirant ou onirique pour nous remettre sur les chemins de la sérénité.
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mardi 8 janvier 2008
Retouches

Imaginez que vous soyez dans une pinacothèque et qu’un des visiteurs déambulant dans les différentes salles du musée sorte soudain une palette et des pinceaux pour retoucher l’une des toiles exposées. Vous seriez sans nul doute partagés entre l’ahurissement et l’hilarité. Eh bien c’est exactement ce qui se passa un jour quand un petit monsieur déjà d’un grand âge entreprit dans un musée de faire des retouches sur l’une des toiles d’Oskar Kokoschka (1886-1980), peintre autrichien et l’un des représentants majeurs de l’expressionnisme. Mais le plus drôle reste à venir car le vandale, qui fut immédiatement arrêté par les gardiens, n’était autre qu’Oskar Kokoschka en personne, lequel n’était pas parfaitement satisfait d’un de ses tableaux dont il s’était pourtant séparé depuis fort longtemps ! On raconte que Pierre Bonnard (1867-1947), l’un des peintres des Nabis, fit de même et connut le même sort après avoir pénétré dans un musée, ses pinceaux cachés sous sa gabardine ! D’où l’avantage d’être écrivain ou compositeur pour lesquels il est toujours possible de leur vivant de publier de nouvelles éditions revues et corrigées de leurs écrits ou d’apporter des variantes d’interprétation de leurs musiques. Mais pour les peintres, qu’on se le dise : l’œuvre une fois donnée ou vendue est in(re)touchable à jamais.
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samedi 5 janvier 2008
La hache et le calumet

L’heure est grave, car, en ce début d’année 2008, je crains le pire. Tout porte à croire, selon les informations qui sont en ma possession, qu’une guerre ou plutôt une gué-guerre se prépare sur le territoire français. Oui vous avez bien lu, un conflit majeur, qui couvait depuis déjà longtemps, risque de se déclarer dans des délais assez rapides faisant un nombre incalculable de victimes innocentes. Si vous pensez à une attaque terroriste style Al Qaida ou à une invasion par une puissance étrangère qui auraient au moins le mérite de mettre tout le monde ou presque d’accord (sauf les collabos éventuels qui sont toujours de sortie dans ce genre de situation), autant vous le dire tout de suite, vous vous mettez les deux doigts dans l’œil. Le conflit dont je parle sera franco-français et il n’épargnera personne puisque nul ne pourra prétendre à la neutralité, on appartiendra obligatoirement à l’un des deux camps et de plus il dépassera tous les clivages sociaux, professionnels, religieux, culturels et même politiques. Autant dire qu’il s’agira d’une guerre civile dans toute sa splendeur.
Mais la première question que je me pose, en cette période d’attente angoissée, est celle de savoir quels seront les premiers protagonistes à déterrer la hache de guerre. Les fumeurs ou les non fumeurs ? Il est naturellement très difficile de répondre à cette question tant les uns et les autres sont, soit très remontés contre la législation en vigueur qui interdit de fumer dans tous les lieux publics, cafés et restaurants inclus, soit, au contraire, soulagés que celle-ci prenne enfin en compte leur revendication, tout en ne cachant pas leur inquiétude quant au respect de la loi par leurs ennemis héréditaires, les fumeurs. On sait en effet que parmi eux certains se sont mis ouvertement en résistance et sont prêts à prendre le maquis ou même à fuir à l’étranger. Mais ce dont on peut être certain c’est que cette guerre risque d’éclater pour une simple étincelle (de briquet ou d’allumette).
Quant à savoir qui a le plus de chances de gagner la bataille, tout dépend de la nature de celle-ci.
S’il s’agit d’une guerre classique c’est-à-dire reposant sur des rapports de force purement physiques, tenons-nous en aux données numériques dont nous disposons. Selon les sondages et Roselyne Bachelot, 80 % des Français seraient favorables à la loi en question et 20 % s’y opposent. Autant dire qu’en cas de guerre classique, en supposant que les clans combattent à armes égales et en excluant les armes nucléaires qui remplaceraient désagréablement les volutes de fumées par un nuage atomique dont personne ne sortirait vivant, ce sont les non fumeurs et leurs adeptes qui s’en tireront vainqueurs.
S’il s’agit d’une guerre philosophique -je parle bien sûr de philosophie appliquée, d’art de vivre, et non des dogmes sèvères des Épicuriens ou des Stoïques, encore moins de Kant, Kierkegaard ou Schopenhauer-, la bataille promet d’être rude et je ne suis pas certain que les non fumeurs gagnent tant est vrai que rien n’est plus sympathique que cette atmosphère enfumée qui règne autour d’un cendrier plein de mégots écrasés nonobstant l’air irrespirable et cette solidarité entre fumeurs qui fait qu’une femme du monde est prête à donner du feu avec complicité au dernier des clochards croisé dans la rue. Disons que dans le meilleur des cas, philosophiquement parlant, on peut estimer les chances de gagner à 50-50.
Le résultat sera le même s’il s’agit d’une guerre idéologique, les deux clans reprochant à l’autre, au nom de la liberté individuelle, de verser dans la dictature, l’un étant accusé de défendre des théories trop hygiènistes -comme chacun sait quant c’est trop propre, ça ne sent pas bon-, les autres d’être des empêcheurs tyranniques de ne pas fumer en rond.
Enfin s’il s’agit d’une guerre écologique, alors là il n’y a pas photo, les fumeurs militants sont sûrs de perdre, de même si la guerre repose sur des arguments de santé publique.
Mais au fait la guerre du tabac aura-t-elle lieu ? Rien n’est certain à l’heure où j’écris car il semble, aux dernières nouvelles, que la majorité des clients des cafés-comptoirs n’est pas si stupide et, que, hormis dans quelques bastions réfractaires, elle est toute disposée à fumer au bistrot dans la plus grande convivialité autour d’apéritifs bien alcoolisés, et sans se renier pour autant, le calumet de la paix.
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mardi 1 janvier 2008
Banané 2008 !
Selon que l’on se trouve à Rangoon, en Biélorussie, ou à Berlin, on souhaitera la bonne année en disant respectivement Hnit thit ku mingalar pa, З новым годам (Z novym hodam) ou Frohes neues Jahr. En chinois (ou dans l’un de ses dialectes, je ne sais lequel), il paraît qu’on dit : 新年好 (Xīn nián hǎo).
Parmi toutes les expressions de vœux de nouvel an selon les pays, j’ai retenu celle du créole mauricien qui se dit avec l'accent : Banané ! Non pas que ce mot soit surprenant pour le Francophone que je suis ni qu’il m’ait fait rire mais tout simplement parce que, l’employant depuis ce matin zéro heure pétante, tout le monde en France me comprend sans qu’on ait remarqué que je l’ai prononcé dans la langue parlée à Port Louis. Essayez ! Vous verrez. Reste à savoir, au cas où je prononce ce même mot le 14 juillet, si mes interlocuteurs ne vont pas croire que je les ai traités de couillonnés ou plus simplement de couillons !
Banané 2008 à toutes et à tous !
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lundi 31 décembre 2007
Duo comique
Dans Le Miroir des idées, Michel Tournier nous apprend comment apparut l’Auguste, clown rouge et inséparable compère au cirque du clown blanc. Ce dernier, au début, était seul à amuser la galerie du petit cirque de village qui sillonnait les campagnes. Poudré à frimas, élégant, habillé de soie, un sourcil relevé et dédaigneux, affublé d’un chapeau conique, chaussé de fins escarpins vernis et le mollet galbé sous des bas blancs immaculés, le clown blanc choisissait dans les gradins le plus rougeaud, le plus rustre et le plus lourdaud des spectateurs pour faire crouler le public de rire à ses dépens. C’est ainsi que naquit ce fameux duo comique, de l’Auguste au gros nez rouge, maladroit, grotesque, mal fagoté dans ses vêtements trop larges et ses souliers interminables, et du clown blanc, l’homme sérieux, rationnel, ironique, maniant le langage au deuxième degré. Car tout oppose ces deux clowns, l’un, le blanc, faisant rire le public sur le dos parfois bossu de l’Auguste mais qui “reste intact, hors d’atteinte, le rire qu’il déchaîne ne l’éclabousse pas, c’est une douche destinée au rouge qui est là pour encaisser… Rien n’est trop distingué pour le blanc… Rien n’est trop burlesque pour le rouge”. Partant de l’idée qu’on peut retrouver ces deux personnages dans la vie, Michel Tournier nous parle des clowns qui nous gouvernent ou plutôt qui nous ont gouvernés, classant parmi les clowns rouges, outre Napoléon et Mussollini, De Gaulle, Georges Marchais, Jacques Chirac et Raymond Barre, et parmi les clowns blancs Talleyrand, François Mitterrand, Valery Giscard d’Estaing et Edouard Balladur. À ces derniers j'ajouterais volontiers, malgré son teint jaunasse, Dominique de Villepin. Avouez qu’on l’imagine bien avec son chapeau en cône, les bas blancs et tout et tout ! Quant à notre président actuel dont l’écrivain évidemment ne parle pas puisque Nicolas Sarkozy était encore très loin de la magistrature suprême lorsque fut publié en 1994 Le Miroir des idées, je vous laisse le soin de le classer dans l’une des deux catégories, celle des clowns blancs ou celle des clowns rouges, mais, en ce qui me concerne, c’est dans la seconde que je le mets sans hésiter et, par-dessus le marché, parmi les plus talentueux des clowns rouges avec, comme compère, évidemment, le non moins talentueux clown blanc au nom de François Fillon.
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lundi 24 décembre 2007
L'humour de la rigolote

Dire d’une femme qui a de l’humour qu’elle est rigolotte, c’est souvent laisser entendre qu’elle n’est pas une beauté. Sinon on dirait : “Cette femme est superbe et en plus elle est drôle.”. On insisterait sur sa beauté davantage que sur son esprit. Car si l’adjectif rigolotte n’est pas toujours péjoratif, il l’est souvent un peu quand même à tel point, que dans notre inconscient collectif, on ne peut s’empêcher de penser que rigolotte rime si bien avec boulotte, mais aussi avec fofolle. Quand un homme a de l’humour et qu’il n’est pas spécialement beau, on dit rarement de lui qu’il est rigolo, encore moins que c’est un rigolo. Dans les deux cas le mot rigolo n’est pas obligatoirement un gage d’humour alors qu’avec une rigolotte, alors là, on est certain de s’éclater ! On dira tout simplement, et non sans admiration, s’il n’est pas beau, que c’est un homme plein d’humour en ajoutant, qu’avec un tel don, il peut séduire toutes les femmes qu’il veut, tant est répandu l’idée qu’un homme qui fait rire les femmes est un tombeur irrésistible. Ce qui revient à dire qu’il n’a pas besoin d’être beau. L’inverse est moins vrai : la beauté passant avant l’esprit, une femme qui vous fait rire est une rigolotte avant d’être femme, sous-entendu si c’était une femme digne de ce nom, elle n’aurait pas besoin d’être rigolotte vous pensez ! De là à dire qu’elle est asexuée… On notera en passant que, si l’érotisme de la femme se situe fréquemment, aux yeux des hommes, dans la jeunesse, la sensualité et la beauté, celui de l’homme, aux yeux des femmes, se partage souvent faute de mieux, quel que soit son âge, entre la richesse, la célébrité et l’humour. Tout cela pour dire qu’on en revient toujours au même machisme et à la même misogynie partagée par les hommes comme par les femmes d’ailleurs : si un homme est admiré et recherché pour sa réussite et son esprit, ces mêmes atouts sont pour une femme bien peu de choses comparés à son physique et peut-être même un handicap, c’est un comble ! Heureusement, les temps changent (voir l’article du 4 mars 2007 L’humour au féminin) mais les préjugés ont la vie dure et la phrase “Sois belle et tais-toi !” demeure dans l’inconscient de bien des mâles, qu’ils le reconnaissent ou non, encore tristement d’actualité. Comme si certains hommes avaient peur que les femmes aient de l’esprit et qu’ils perdent le leur, en supposant, cela va de soi, qu’il en aient.
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lundi 17 décembre 2007
Aphorismes
Comme si elles n'avaient rien appris, la première chose que font les personnes le lendemain de leur divorce, c'est de se remarier !
Si tu veux garder ta femme, laisse-la partir.
________________________________
Aphorismes personnels in Aphorismes de comptoir, Editions de l'Adret-1999.
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mercredi 12 décembre 2007
Conseil de lecture
Inconditionnels de la 2CV, d'humour et de peinture, voilà un livre pour vous En peinture Simone ! publié aux éditions Fage. Alain Créhange, qui en est l'auteur pour les textes comme pour les images, arrive à nous convaincre "avec une grande rigueur dans l'inexactitude, que la 2CV remonte à la plus haute antiquité - et même un peu avant.". Pour preuve, il nous montre dans cet ouvrage, outre les fresques murales de la grotte de Lascaux et une représentation de l'art égyptien, certains grands classiques de la peinture, des chefs-d'œuvre de Jan van Eyck à Salvador Dali en passant par Raphaël, Le Gréco, Vermeer, Fragonard et bien d'autres dans lesquels se noie si bien notre deuche nationale qu'on jurerait qu'elle a été peinte sur les toiles originales par tous ces grands maîtres et qu'elle y a toujours été présente. Du coup on ne s'étonne pas de voir l'archange Gabriel vendant une automobile à la Vierge Marie sur un tableau de Fra Angelico ou des paysans sur une toile de Millet réciter l'Angelus après avoir vidanger leur 2CV sans parler de cette brave deudeuche dérivant tant bien que mal à côté des naufragés livides à bout de force livrés à leur sort sur le Radeau de la Méduse de Géricault. Un livre plein de fantaisie et absolument génial (et je pèse mes mots) !
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samedi 8 décembre 2007
L'humour de Marcel Zanini

Vous souvenez-vous de Marcel Zanini, ce chanteur inimitable avec son look un peu barjo de Français moyen (moustaches, grandes lunettes et canotier multicolore vissé sur la tête) qui devint célèbre en 1970 du jour au lendemain en adaptant en français la chanson brésilienne Ne vem que não tem devenue Tu veux ou tu veux pas, et dont, depuis, on n’entend guère parler (de la chanson comme du chanteur) ? Il y a trois ans, je l’ai rencontré dans le fameux bar-club de jazz marseillais Le Pelle-Mêle, fondé par Jean Pelle en 1979. Ce soir-là, jouait un trio avec, tenez-vous bien, deux très grands du jazz, Aldo Romano à la batterie et Jean-Baptiste Trottignon au piano (je ne me souviens plus qui jouait à la contrebasse), et Marcel Zanini était venu en ami, en voisin, puisqu’il est lui-même marseillais, et en jazzman aussi, puisqu’il a entonné quelques morceaux, chant et clarinette, pas prévus au programme, ce qui faisait en tout trois stars pour un public restreint occupant moins d’une dizaine de tables, s’il-vous-plaît !
Pendant la pause, à l’extérieur sur le trottoir de la place des Huiles, je dis à Marcel Zanini qu’il n’avait pas du tout changé. Ce n’était pas une flagornerie de ma part car, de fait, c’était exactement le même homme, les lunettes, la moustache, le chapeau, pas une ride, la même silhouette, le même regard facétieux, le même humour décontracté dans les yeux. Il avait pourtant 84 ans. Il me répondis alors avec malice : “Eh bien ça veut dire que je faisais déjà vieux en 1970 !”. Et, comme j’ignorais jusqu’à ce jour qu’il n’avait pas été qu’un chanteur de variété en vogue, je lui dis sur un ton interrogatif que finalement, au départ, il avait été un musicien de jazz. Et Marcel Zanini de me répondre avant de regagner la salle enfumée du Pelle-Mêle : “Et à l’arrivée aussi !”
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