vendredi 27 juillet 2007
lundi 23 juillet 2007
Humour au (septième) ciel
Un commandant de bord doit-il à tout prix, quand il s’adresse à ses passagers, parler comme un monstre froid, avec un débit rapide, en mangeant la moitié de ses mots, sur un ton monocorde de pur technicien-jouant-le-rôle-de-père-protecteur et surtout sans exprimer la moindre touche personnelle. C’est la question que je me suis posée hier alors que je me trouvais dans un appareil d’Air France quelque part au-dessus des Alpes suisses entre Gênes et Paris ? Comme beaucoup d’entre vous, j’ai souvent voyagé en avion et donc écouté la voix d’autant de commandants de bord et cependant, parmi toutes ces voix conventionnelles, impersonnelles et parfaitement interchangeables de pilotes de ligne, je me souviens une fois être tombé sur une qui sortait nettement du lot. Cette voix était chaleureuse, elle prononçait les mots tranquillement avec un souci d’intelligibilité, elle chantonnait carrément et surtout l’homme qui l’utilisait prenait la peine de mettre une note d’humour dans son discours technique, que ce soit à propos de la météo, des fameuses turbulences ou de ce que l’on a coutume d’appeler à tort les trous d’air. Ce commandant de bord, à l’évidence, aimait son métier et ses passagers, et il ne donnait pas l’impression de transporter du bétail(*). Croyez-vous que les autres passagers et moi-même l’aient jugé incompétent pour autant ? Bien au contraire, il nous inspirait encore davantage confiance et, grâce à lui, les plus peureux d’entre nous reprenaient des couleurs.
A propos de rire et de commandant de bord, voici une anecdote savoureuse qui m’a été rapportée par un ami. Alors que celui-ci se trouve dans un avion, le commandant de bord se présente par son nom qui n’est autre que de Funès puisqu’il est le fils de notre grand comique national qui joua le Gendarme de Saint-Tropez. Mais à peine ont-ils entendu son nom que tous les passagers, à l’unisson, partent dans un éclat de rire général.
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(*)Dans le langage des pilotes et copilotes, les hôtesses de l’air et les stewards s’appellent, paraît-il, la poulaille !
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samedi 14 juillet 2007
L'humour de Kurt Elling
En voilà un au moins qui ne se la pète pas ! Kurt Elling, l’une des plus grandes figures du jazz vocal actuel, swingueur hors pair considéré par le San Francisco Chronicle, comme “le chanteur jazz le plus créatif et le plus flamboyant des dix dernières années”, resplendit sur scène par sa voix baryton de velours qui, sur quatre octaves, exprime et communique une émotion inouïe, par sa technique vocale qui vous donne l’illusion d’entendre un véritable instrument (il va jusqu’à imiter le saxo de John Coltrane, la contrebasse de Charlie Haden ou des envolées aiguës de guitare électrique), par sa créativité dans sa manière de reprendre des standards de Sinatra, Fred Astaire et Dean Martin et de mettre ses propres paroles et sa propre émotion sur des improvisations de Keith Jarrett ou Dexter Gordon, de se lancer a capella enfin ou de vous offrir en français s’il vous plaît ! la chanson de Jean Sablon « Je tire ma révérence » accompagné seulement de la contrebasse.
Mais ce qui frappe tout autant chez ce presque quadragénaire cultivé natif de Chicago qui se destinait d’abord au professorat de philosophie, c’est le charisme et surtout l’humour, un humour toujours présent qui teinte littéralement le personnage dans la masse autant par sa façon de ne pas se prendre au sérieux sur scène que par ses clins d’œil à son public transporté, ses reprises parfois parodiques des grands classiques des crooners américains et sa manière de surprendre ceux qui l’écoutent. Kurt Elling ne va-t-il pas jusqu’à glisser avec malice dans la langue de Molière, entre deux improvisations elles-mêmes humoristiques de ses musiciens qui valent le déplacement à eux tous seuls (l’incroyable pianiste Laurence Hobgood, le précis et percutant contrebassiste Ron Amster et le batteur tout en nuance et en souplesse Willie Jones) des aphorismes tirés de La Fontaine, Voltaire et Rousseau dont la présence incongrue dans le spectacle vous fait mourir de rire.
Rien à voir avec Keith Jarrett, tout aussi génial mais dans un autre genre, qui ignore superbement le public et se livre, dos tourné, à d’extraordinaires improvisations au piano avec une rigueur monacale et une précision arithmétique (ce qui n’enlève rien à son génie) tout en exigeant du public une écoute religieuse qui n’admet pas la moindre toux d’un spectateur.
Bref le talent immense, l’émotion, le romantisme, la tendresse, l’élégance et puis l’humour ! La classe quoi ! Chapeau Monsieur Kurt Elling !
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lundi 9 juillet 2007
Aphorismes
Pour avoir le moral, il me suffit de voir un cul-de-jatte.
*
Être libre, c’est être nu. Oui, mais être nu place de la Concorde, c’est avoir la certitude de se trouver, dans les plus brefs délais, derrière les barreaux.
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Aphorismes personnels in Aphorismes de comptoir, Ed. L’Adret-1999
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jeudi 5 juillet 2007
Rire de tout
Pierre Desproges disait qu’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. Sans doute. Faire rire de tout en revanche me semble autrement plus difficile et n’est pas donné à tout le monde. À moins d’être toujours inspiré y compris pas des événements ou des comportements qui habituellement nous font pleurer. Pour cela, il faut beaucoup de doigté, encore plus d’esprit, énormément de recul, un zeste de méchanceté, un gros fond de vérité, le tout cachant une bonne dose de générosité. Cela donne, si je ne me trompe pas, l’humour noir.
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dimanche 1 juillet 2007
Insultes
Sur le blog d’Helen Faradji, ancienne critique de cinéma québécoise, Arrête ton cinéma ! (*), on trouve, provenant parfois de femmes, quelques phrases assassines et sexistes qui ont la particularité d’avoir été proférées par des célébrités sur d’autres célébrités.
Exemples :
«Elle est capable d’exprimer toute la gamme des émotions, de A à B.»
(L’actrice Dorothy Parker, à propos de Katharine Hepburn)
«On dirait un aspirateur avec des mamelons.»
(Otto Preminger, à propos de Marilyn Monroe)
«J’ai toujours su que Frank se retrouverait au lit avec un garçon.»
(Ava Gardner, à propos du mariage de Frank Sinatra avec Mia Farrow)
Au moins ces citations ont-elles l’avantage de ne pas manquer d’humour, à la différence de la phrase volée, on ne peut plus directe et sans esprit, de Patrick Devedjian traitant Anne-Marie Comparini de salope, une phrase prononcée pourtant avec un sourire tordu.
Qu’on se le dise, les célébrités et les hommes politiques ont intérêt à faire attention une fois pour toute aux murs qui ont des oreilles et des caméras. Dire qu’à deux siècles près, on aurait pu voir sur Dailymotion Napoléon lancer le 28 janvier 1809 à son grand chambellan Talleyrand soupçonné de trahison : « Vous êtes de la merde dans un bas de soie ! ».
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(*) http://www.arretetoncinema.blogspot.com/
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jeudi 28 juin 2007
Messe en latin
Benoît XVI s’apprêterait à autoriser dans quelques jours la célébration de la messe en latin selon une dépêche publiée ce soir sur lemonde.fr. Voilà qui me réjouit mais pas pour les mêmes raisons que le successeur actuel de Saint Pierre. En tout cas, grâce à cette décision papale, la religion catholique devrait, à mes yeux, reprendre du poil de la bête et les églises désertées se remplir enfin à nouveau et à la vitesse grand V, s’il vous plaît !
Je vous renvoie, pour connaître les clefs de mon allégresse, à l’aphorisme personnel qui suit, publié sur ce même blog en mars dernier, et que je ne résiste pas à vous resservir.
Lorsque la messe était dite en latin, les églises étaient bondées, la curiosité des fidèles étant sans cesse aiguisée pour déchiffrer un peu plus, le dimanche suivant, le charabia qui faisait l’essence de leurs prières.
Et puis, mécréant pour mécréant, je vous livre un autre aphorisme perso qui risque bien de me faire attirer les foudres benoîtes ou barbarines et me faire accuser de sacrilège.
Qu’on le veuille ou non, la Vierge Marie, avec ses airs de ne pas y toucher, a bel et bien fait un môme dans le dos de Saint Joseph.
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lundi 25 juin 2007
Particules élémentaires
Sur Canal Académie, la première radio académique francophone sur Internet, Jean Staune un homme éminent et polyvalent, diplômé en paléontologie, mathématique, informatique, gestion, sciences politiques et économiques et, par-dessus le marché, enseignant en philosophie des sciences nous parle avec passion et clarté des idées qu’il développe dans son livre L’existence a-t-elle un sens ? C’est passionnant.
Il cite notamment une phrase prononcée par Sir Arthur Stanley Eddington (1882-1944), l’un des plus grands scientifiques du début du XXe siècle et le plus grand spécialiste de la relativité après Einstein : « Depuis 1927, un homme intelligent peut de nouveau croire en l’existence de Dieu. ». Or que s’est-il passé en 1927 ? Jean Staune nous apprend que c’était l’année de la synthèse de la mécanique quantique tout en précisant que, si la mécanique quantique ne démontre rien à propos de l’existence de Dieu, elle a permis de découvrir deux choses extraordinaires. Primo qu’il y a un autre niveau de réalité c’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui est au delà du temps, de l’espace, de l’énergie et de la matière, le spécialiste glissant au passage, pour donner un exemple, que les processus fondamentaux qui régissent les particules élémentaires ne sont ni dans l’espace ni dans le temps. Deuzio, qu’à partir du moment où la mécanique quantique montre qu’il y a une incertitude fondamentale et non pas un déterminisme dans les processus de la nature, l’idée qu’il y ait des interventions extérieures au système dans le système sans violer les lois du système n’est pas a priori absurde.
C’est une catastrophe ! Si l’existence et notre Univers ont un sens, l’humour en aura-t-il encore ?
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jeudi 21 juin 2007
Rire ethnique
Il est intéressant de constater que les ethnologues et les anthropologues, beaucoup plus préoccupés par l’organisation sociale, économique, idéologique ou politique d’un groupe ou d’une peuplade, se sont généralement peu intéressés au comique, au rire, aux plaisanteries et à l’humour des groupes ethniques qu’ils ont étudiés, alors que le rire semble représenter un mécanise de défense indispensable à l’équilibre psychique et mental du groupe à travers le jeu et la transgression.
Il est non moins intéressant d’apprendre que la sexualité est un objet risible universel, un invariant retrouvé quelles que soient les cultures, primitives ou non, au même titre que le pouvoir ou tout ce qui symbolise l’autorité, l’excentricité ou la déviance par rapport aux normes sociales, le langage et l’étranger au groupe des rieurs. C’est ainsi -et ce n'est pas un mince paradoxe-, alors que la sexualité n’est plus tabou et que le porno est présent un peu partout dans nos sociétés modernes, que les blagues cochonnes nous font toujours rire autant.
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lundi 18 juin 2007
Gliese 581c
Attendu que :
• Dans notre horizon cosmologique, c’est-à-dire dans la sphère apparente au delà de laquelle il nous est impossible d’observer quoi que ce soit, il existerait 100 milliards de galaxies soit à peu près 10.000 milliards de milliards d’étoiles, autant d’autres mondes que l’homme pourrait étudier s’il en avait les moyens technologiques,
• qu’il y a, par conséquent, un nombre incalculable d’autres sphères trop lointaines remplies d’autant de milliards de milliards d’étoiles qui échapperont toujours à notre observation,
• qu’on vient de découvrir Gliese 581c, une exoplanète située dans la zone habitable d’une étoile de notre galaxie où il régnerait une température agréable de 20° et surtout où l’eau existerait à l’état liquide,
• que cette découverte extraordinaire nous donne la certitude statistique qu’il y a des milliards de planètes ressemblant plus ou moins à la Terre dans notre galaxie,
• que les chances de la présence d’une forme de vie ne serait-ce que sous forme biochimique ou bactérienne ne sont pas nulles,
• qu’on ne peut exclure, dans ces conditions, qu’il y ait quelque part dans l’Univers, y compris au delà de notre galaxie visible, des êtres vivants doués de conscience et peut-être même civilisés,
je me demande, dans cette dernière hypothèse, si ces êtres vivants, au moins sur certaines planètes et pour certains d’entre eux, sont doués du sens de l’humour comme c’est le cas sur Terre ou, pour le dire autrement, si l’humour est le propre du Terrien et seulement du Terrien. Cela m’amène tout naturellement à me poser une autre question : la Terre et le monde seraient-ils ce qu’ils sont si le Terrien n’avait jamais eu le sens de l’humour ?
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jeudi 14 juin 2007
Caca-Boudin
À propos de l’expression enfantine Caca-Boudin dans laquelle il voit une « tranquille et surprenante » proximité de l’analité et de l’oralité, une représentation phallique (pénis noir ou blanc) ainsi que l’association de deux formes de sadisme, celui de la phase sadique anale et celui de la phase sadique orale cannibalique, le professeur Michel Soulé, psychanalyste et pédopsychiatre, a écrit dans l’un des chapitres de son livre La vie de l’enfant (Erès): « La locution Caca-Boudin recèle donc une valeur incantatoire qui permet de conjurer les angoisses que suscitent ces deux sadismes conjoints. ». Et il ajoute plus loin : « On peut dire que c’est un bon indicateur de santé mentale pour un enfant donné et pour une famille donnée lorsque ce genre de jeu de mots peut circuler. L’enfant montre qu’il peut désormais maîtriser ses peurs archaïques…Il montre qu’il est capable de faire des jeux de mots sur ses propres peurs et émois et qu’il n’est pas loin finalement de ce que Freud décrit dans l’humour. »
Ça vous en bouche un coin, non ?
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lundi 11 juin 2007
L'humour de James Bond
Prenons un James Bond au hasard, Vivre et laisser mourir, par exemple, le premier film où Roger Moore joua le rôle de 007. Dans ce film tourné en 1973, outre des scènes classiquement “bondiennes” dans lesquelles le héros sort immanquablement vainqueur de bagarres l’opposant tout seul et sans armes à une dizaine de malabars pourtant armés jusqu’aux dents et se joue de tous les pièges dans des courses-poursuites époustouflantes, le tout en complet veston dans lequel se cachent mille et un gadgets électroniques sans que ceux-ci ne provoquent le moindre pli au tissu, la scène des crocodiles m’a semblé particulièrement humoristique. De quoi s’agit-il ? James Bond, amené dans une ferme par des malfrats qui veulent en finir avec lui, se retrouve sur une pierre plate d’environ deux mètres de diamètre entourée d’eau et émergeant à peine d’une vaste mare où fourmillent une bonne dizaine de crocodiles affamés et attirés par d’énormes quartiers de viande posés aux pieds de l’agent secret ! La situation ne peut être plus désespérée et pourtant James Bond s’en tire sans problème et sans la moindre égratignure alors que certains crocodiles ont déjà grimpé sur la pierre et sont à quelques centimètres de ses jambes, tout simplement en regagnant la rive par une marche tranquille sur la tête des reptiles qui sont encore dans l’eau exactement comme s’il avait marché sur des cailloux en traversant un ruisseau pour ne pas se mouiller les pieds ! Voilà le genre de scène, par le soulagement du spectateur et le contraste entre l’invraisemblance de la solution trouvée par James Bond et la tension dramatique croissante de l’action, qui provoque le rire à tous les coups. Et le plus drôle dans les films de James Bond, c’est que, plus ils sont invraisemblables, plus on y croit.
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vendredi 8 juin 2007
Gabs et gags
Les gabs étaient, à l’époque féodale, des plaisanteries de soldats et de chevaliers, des moqueries grossières, des vantardises extravagantes que se racontaient les guerriers dans les salles de festin, après les combats, pour mieux s’affirmer, pour dominer leurs peurs, se défouler et impressionner l’adversaire. Un espion grec présent dans l’entourage de Charlemagne n’avait-il pas cru avec effroi en toutes ces histoires abracadabrantes que se narraient l’empereur et ses chevaliers ? Ces gabs, tout en exagération et en fanfaronnades, qui étaient en un sens aussi des gags dignes des bandes dessinées les plus burlesques, ne donnaient pas dans la finesse et s’accompagnaient, on s’en doute, de rires de défiance et de supériorité bien gras et agressifs. C’était à qui avait réussi à fendre en deux d’un seul coup d’épée un ennemi et son cheval, à qui avait coupé à la vitesse de l’éclair les membres et la tête d’un adversaire, tous exploits qu’on retrouve à foison également dans les récits des chansons de geste.
Mais au fait, les gabs, sous une autre forme, ont-ils à notre époque complètement disparu des conversations masculines ?
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lundi 4 juin 2007
Une guerre froide qui donne chaud
J’ai lu hier que des chercheurs russes auraient trouvé une technologie simple pour lutter contre le réchauffement climatique. Or on peut lire en titre du Monde d’aujourd’hui que Vladimir agite le spectre de la guerre froide. J’ai donc pensé tout naturellement que les chercheurs en question ne pouvaient être que Poutine et ses acolytes jusqu’à ce que je découvre dans l’article en question une phrase qui fait froid dans le dos prononcée par le maître du Kremlin disant que ses missiles transformeraient, le cas échéant, l’Europe en poudrière. On risque donc d’avoir chaud et même très chaud. Me voici guère rassuré. En tout cas le refroidissement climatique à la russe espéré, surtout avec la guerre froide, n’est pas pour demain.
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samedi 2 juin 2007
Le nouveau camembert va arriver
Décidément, François Bayrou a fait des émules. Après les courageux transfuges parlementaires de l’UDF qui veulent créer un grand parti du Centre en lui piquant son idée, voilà que le Monde titre dans son édition datée d'aujourd'hui : Mme Royal se pose en leader de l’opposition et rêve de créer un « grand parti de masse ». On attend donc avec impatience les prochaines déclarations de Marie-George Buffet nous annonçant que le nouveau Parti Communiste est arrivé ainsi que celles de Jean-Marie le Pen, lequel a d’ailleurs déjà prévenu qu’il voulait réorganiser de fond en comble le Front National. Je renvoie tout ce beau monde à mon post du 24 mai « Modem et MoDem » pour trouver de nouveaux sigles à leurs partis, s’ils sont en manque d’imagination. Mais là n’est pas la question.
Le problème c’est qu’à travers cette réorganisation politique se cache tout simplement un empiètement d’électorat ou, pour le dire autrement, un véritable détournement de clientèle qui va transformer l'Assemblée Nationale, si les créations de partis continuent comme ça, en un véritable millefeuille politique dont la formation relèverait directement de la tectonique des plaques.
Je m’explique : L’UMP empiète déjà sur les plates-bandes du Front National et essaie d’empiéter sur le centre-gauche bayrouiste et socialiste par l’embauche (c’est-à-dire le débauchage) de personnel politique venant de ces contrées-là. Le futur grand parti du Centre espère non seulement glisser sur les franges gauches de l’UMP mais encore et surtout sur l’ensemble du MoDem qu'il veut détrôner. Le grand « parti de masse » de Ségolène Royal (Tiens ! où est passé le mot « gauche » ?) aura pour ambition de prendre carrément la place du nouveau parti de François Bayrou ou de se trouver au même endroit que lui sur l’échiquier politique qui, comme chacun sait, ressemble à un demi-camembert bien fait.
On aura tous compris que tout cela risque d’être très compliqué et que jouer sur un échiquier ayant la forme d’un pareil fromage ne sera pas partie facile. C’est pourquoi il est urgent de trouver de bons architectes d’intérieurs pour reconstruire l’hémicycle de l’Assemblée nationale afin de faire cohabiter tant bien que mal tous nos élus, sachant qu’il faut absolument respecter, avec la précision d'une aiguille de manomètre, la place des députés par rapport au perchoir : plus ceux-ci sont à gauche, plus ils devront être placés à droite (et oui !) quand on regarde le perchoir et inversement plus ils sont à droite et plus ils devront s’asseoir à gauche quand on regarde ce même perchoir, ceux du centre, qu’ils regardent le perchoir ou qu'ils lui tournent la veste, occupant de toute façon la même zone, celle du milieu. Dans ces conditions, une quantité non négligeable de députés de partis différents mais de sensibilités politiques parfaitement identiques devront s'entasser dans une même portion de camembert, le nombre de places assises n'en étant pas modifiable. La seule solution sera donc de construire au Parlement des mezzanines ou plusieurs demi-camemberts en étage afin que les élus du parti de masse de Madame Royal, ceux du grand parti du Centre de Messieurs Morin et Bourlanges et ceux du MoDem de Monsieur François Bayrou puissent faire semblant d'observer le perchoir à des niveaux différents mais dans le même axe et avec le même angle de visée.
Tout ça pour dire que l’histoire retiendra un jour qu’avec l’avènement du président Sarkozy, le camembert a varié.
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mercredi 30 mai 2007
Charivari
Dans les villages du Moyen-Âge, il ne faisait pas bon faire preuve d’originalité ou d’individualité et encore moins enfreindre un tant soit peu les convenances sociales dans sa vie personnelle ou familiale. Le groupe, avec tout ce qu’il comporte de bêtement et de cruellement grégaire, avait vite fait de vous le faire payer très cher en se livrant à un charivari à votre endroit. Ce mot, qui désigne de nos jours un tapage collectif, un vacarme ou un grand bruit, était une sorte d’expédition punitive festive à laquelle prenaient part les membres de la communauté villageoise, lesquels, déguisés pour beaucoup, tapaient bruyamment sur des ustensiles de cuisine devant la maison du coupable dans une ambiance de farce et de chahut généralisé où se mêlaient rires perçants et grimaces obscènes jusqu’à ce que celui-ci reconnaisse sa faute et paye une amende. Les comportements répréhensibles étaient variés (remariage d’un veuf avec une jeune fille à une époque où les jeunes étaient rares, femmes qui battent leur mari, maris violents, pratiques sexuelles considérées comme déviantes mais aussi les avares et les étrangers) mais ils avaient en commun de risquer de mettre en péril le bon fonctionnement du groupe et sa morale coutumière. Remontant du tintamarre, le rire collectif, moqueur, sarcastique, terriblement destructeur et pour tout dire d’une cruelle méchanceté, en représentait l’arme fatale au point que les personnes ainsi humiliées et mises au ban de la société du village pouvaient en arriver à s’exiler voire même parfois à se suicider.
De nos jours le charivari a une connotation nettement moins féroce. N’empêche, on trouve régulièrement dans les faits divers des comportements grégaires qui ne valent guère plus cher que ces charivaris d’antan, à commencer par certains bizutages imbéciles et criminels où resurgit le rire archaïque agressif qui rabaisse et qui exclut sans parler des actes racistes ou homophobes commis à plusieurs parfois dans une ambiance de franche rigolade.
Dans le genre duo, il y a dix jours, dans le métro à Lyon, deux jeunes de 20 ans ont mis le feu avec un briquet aux vêtements d’un noctambule éméché qui cuvait son vin à six heures trente du matin, endormi sur son siège, le transformant en torche vivante. À ce jour, l’homme brûlé au troisième degré a survécu et est en réanimation mais il est question qu’on lui ampute la jambe. Sa vie a basculé. Aux policiers, les deux jeunes gens ont dit qu’ils avaient fait ça pour rigoler.
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lundi 28 mai 2007
Aphorismes
Le travail, c’est la santé, la Santé, c’est la prison.
Des supporters tassés dans un stade de cinquante-mille places me font douter de l’humanité mais profondément croire au ballon rond.
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in Aphorismes de Comptoir, Ed. de l’Adret, 1999
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jeudi 24 mai 2007
Modem ou MoDem
En ayant l’idée du MoDem, François Bayrou a fait très fort et prouvé qu’il est l’homme politique le plus moderne de France. Non pas en créant son Mouvement Démocrate ni droite ni gauche mais tout simplement en le baptisant du mot-valise de modulateur-démodulateur, cet appareil correspondant au périphérique, intégré ou non à nos ordinateurs domestiques, qui sert à communiquer par Internet avec des utilisateurs distants. Personne ne niera qu’à côté de l’antédiluvien Parti Communiste Français aux relents surannés de Maurice Thorez et Waldeck-Rochet fondé en 1920 au congrès de Tours comme celui déjà vieux-jeu et usé du Parti Socialiste Français à la sauce hollandaise né également dans cette ville en 1902, l’acronyme bayrouiste sonne dans notre République comme une géniale révolution futuriste et avant-gardiste comparable aux révolutions non moins majeures qu’ont représenté la roue, le chemin de fer, le moteur à quatre temps ou Internet dans la vie quotidienne des habitants de la planète. Alors on se demande ce qu’attendent les autres partis politiques pour changer enfin de nom et rattraper François Bayrou dans la modernité. Voici quelques suggestions personnelles que je leur propose :
• Parti radical de gauche : URL (Union des Radicaux Libres)
• Parti Socialiste Français : USB (Union des Socialistes Battants)
• Parti communiste français : ADSL (Anti Démocratie Sociale Libérale)
• Lutte ouvrière : OCTET (Organisation Communiste des Travailleurs et des Travailleuses)
• LCR : JPEG (Jeune Parti d’Extrême-Gauche)
• Parti des Travailleurs : MS DOS (Mouvement Social pour la Démocratie Ouvrière Socialiste)
• Mouvement pour la France (de Philippe de Villiers pour ceux qui l’ignorent) : PDF (Parti des Français)
• Front National : PARE FEU (PArti REpublicain des Français EUropéens)
• UMP : Base DATA (Base pour une Domination Absolue Tous Azimuts)
• Les Verts : APPLET (Association Pour la PLanETe)
• UDF : SMTP (Soudain Mouvement des Transfuges Parlementaires)
Avec de tels noms, nul doute que la rénovation politique sera véritablement en marche dans notre vieille République et que le Palais Bourbon ressemblera enfin à un gigantesque ordinateur du dernier cri fonctionnant à la vitesse de 577 mégabits. Restera alors le renouvellement des cadres de nos partis et surtout de leurs mentalités. Mais ça, c’est une autre histoire !
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mardi 22 mai 2007
Mots croisés (2) : solutions
Voici les solutions des définitions des mots croisés du 11 mai. Fastoche, non ?
1- Livre pour analphabète (10 lettres) : ABÉCÉDAIRE
2- C’est déjà trop tard quand elle gagne (8 lettres) : GANGRÈNE
3- Chercheur invétéré (10 lettres) : DÉSORDONNÉ
4- Bande de curés (5 lettres) : ÉTOLE
5- Gammes de sol (6 lettres) : TERRES
6- Pour un passage qui pourrait littéralement nous faire crever (6 lettres) : CLOUTÉ
7- Redore le blouson (7 lettres) : RETEINT
8- Il flotte mais pas au point d’être nul (7 lettres) : VAURIEN
9- Se dit rarement au futur (3 lettres) : NON
10- Tâtons (10 lettres) : AVEUGLETTE
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dimanche 20 mai 2007
Règles monastiques
Nous avons tous vu la photo du premier conseil des ministres de l’ère Sarkozy qui n’est pas sans rappeler une rentrée des classes : des grands garçons et des grandes filles bien sages qui se sont mis pour l’occasion sur leur 31, assis dans le salon Murat autour d’une table beaucoup trop grande pour eux et affichant un petit sourire courtois dans lequel on croit deviner un mélange de fierté et de petit lait.
Comme on sait maintenant que ce nouveau gouvernement ne veut pas perdre de temps pour se mettre au travail et qu’il va, sous l’impulsion du Président, mener de front et rapidement toutes les réformes et en même temps s’il vous-plaît !, on est amené à s’interroger si, après ces mines réjouies de circonstance du premier jour, les rires et les sourires ne seront pas tout simplement proscrits dans les conseils des ministres hebdomadaires du mercredi qui suivront et ne se ressembleront peut-être pas, pour cause de rapidité d’action, d’efficacité maximum et de concentration suprême.
Dans cette hypothèse et sans lui faire de procès d’intention, le Président Sarkozy, bien qu’il ait préféré la mer azur et le soleil bronzant maltais à une sage retraite dans un monastère, ferait bien de s’inspirer des règles qui s’imposaient aux moines du Haut Moyen Âge, à commencer par celle de saint Benoît de Nursie (vers 480-vers 547), fondateur du monachisme chrétien occidental qui inspira d’ailleurs Benoît XVI dans le choix de son pseudonyme papal (ce qui en dit long sur le goût du rire de ce dernier).
Il faut préciser que la répression du rire a été une constante chez tous les législateurs monastiques, de saint Basile à Paul et Étienne en passant par saint Ferréol d’Uzès. Trois siècles auparavant déjà, Clément d’Alexandrie (150-220), l’un des Pères de l’Église, avait explicitement condamné le rire, celui des bouffons, des mimes et des acteurs, mais aussi celui de la femme et de l’homme qui doivent se garder de rire, l’un comme une prostituée, l’autre comme un proxénète.
Et les règles monastiques n’étaient pas de nature à faire rigoler les occupants des monastères, ne serait-ce que par la répression disciplinaire quasi policière qui pouvait s’appliquer aux contrevenants qui avaient eu l’audace de s’esclaffer : « Celui qui aura ri sous cape dans l’assemblée, c’est-à-dire l’office, sera puni de six coups. S’il a éclaté de rire, il jeûnera, à moins de l’avoir fait d’une façon pardonnable .» (La Règle de saint Colomban). «Qu’il (le moine) ne se laisse pas dissiper par le rire des sots ou par la plaisanterie » et « Si quelqu’un parle ou rit pendant le repas, qu’il soit réprimandé et fasse pénitence. » (La Règle orientale). « Quant aux bouffonneries, aux paroles oiseuses et portant à rire, nous les condamnons à la réclusion perpétuelle, et nous ne permettons pas au disciple d’ouvrir la bouche pour de tels propos. » (La Règle du Maître).
Messieurs et Mesdames les ministres, Guignols le l’info, caricaturistes et chansonniers de tout poil, Français, Françaises, si d’aventure le Palais de l’Élysée se transforme en monastère haut moyenâgeux régi par la Règle de saint Nicolas, vous ne direz pas que je ne vous l’avais pas dit !
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